Renato BALLA
Floors est un projet documentaire qui examine les typologies de logements construits en Albanie entre les années 1990 et le début des années 2000, en mettant l’accent sur les maisons inachevées.
Le projet a débuté comme une simple documentation de ces structures. Peu à peu, il a soulevé une question sur ce que ces bâtiments organisent au-delà de leur fonction : l’architecture reste-t-elle neutre, ou façonne-t-elle discrètement la manière dont les corps habitent et se déplacent dans l’espace ? L’agencement des maisons structure les relations et les rôles de manière souvent invisible. Parallèlement, je me suis intéressée à un mythe albanais bien connu, l’histoire de Rozafa, dans laquelle un château ne peut se maintenir que grâce à l’enfermement du corps d’une femme entre ses murs. Cette tension entre construction et enfermement est devenue centrale dans le travail : la maison apparaît non seulement comme un abri, mais aussi comme une structure érigée à travers des formes d’autorité visibles et invisibles.
Le film Rozafa met en scène un acteur non binaire originaire d’Albanie qui raconte le mythe de Rozafa. La rencontre entre la voix et le corps produit un glissement de sens : un ancien récit patriarcal se heurte à une présence qui ne s’aligne pas entièrement sur ses normes.
Delayed News est une installation vidéo composée d’une projection intégrée à une structure sculpturale. L’œuvre porte sur la nature autoréférentielle de l’image en mouvement, où la vidéo ne se contente pas de représenter quelque chose, mais prend conscience de ses propres conditions d’apparition. Elle explore l’idée de l’image en tant qu’expérience située, dépendante du temps, de l’espace et de la position du spectateur. Plutôt que de transmettre un récit, l’installation crée un cadre dans lequel la perception elle-même devient le sujet de l’œuvre. L’œuvre s’inspire également d’une expérience personnelle de ma fin d’adolescence, marquée par des allers-retours répétés entre l’Albanie et l’Italie, au rythme de cycles courts de départs et de retours. Cette expérience reste présente sous la forme d’un rythme plutôt que d’une histoire.
